L’île aux enfants _ Ariane Bois

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couverture du livre L'île aux enfants. Représente un enfant qui court sur la plage, avec u coucher de soleil.

Résumé

L’île aux enfants

Pauline, six ans, et sa petite sœur Clémence coulent des jours heureux sur l’île qui les a vues naître, la Réunion. Un matin de 1963, elles sont kidnappées au bord de la route en embarquent de force dans un avion pour la métropole, à neuf mille kilomètres de leurs parents. À Guéret, dans la Creuse, elles sont séparées.

1998 : quelques phrases à la radio rouvrent de vieilles blessures. Frappée par le silence dans lequel est murée sa mère, Caroline, jeune journaliste, décide d’enquêter et s’envole pour la Réunion, où elle découvre peu à peu les détails d’un mensonge d’État.

Mon ressenti

Tiré de faits réels

Dans L’île aux enfants, Ariane Bois nous présente un pan de notre Histoire assez méconnu. La déportation de milliers d’enfants réunionnais vers la métropole, au début des années 60. Objectif de cette opération ? Repeupler des zones désertifiées de la France et stopper la démographie de l’île. Reconnue comme scandale d’Etat depuis quelques années, il est intitulé Les enfants de la Creuse. En effet, la majorité des enfants alors arrachés à leur famille sont envoyés dans la Creuse, un des départements les plus désertiques. Comment imaginer qu’une telle opération ait pu avoir lieu ? Comment certaines personnes ont pu cautionner ce genre de choses à l’époque ? Une des raisons évoquées est la pauvreté et le manque d’hygiène des familles ciblées. Mais cela justifie-t-il qu’on arrache à ces enfants une partie de leur enfance ?

Ariane Bois a été guidée par des membres de la FEED afin de rendre son récit le plus réaliste et le plus crédible. Elle nous présente Pauline. Pauline est une petite fille de 7 ans, qui habite au Tampon, à la Réunion. Elle ne se sépare jamais de sa petite soeur Clémence. C’est ensemble qu’elles vont être enlevées. Elles se retrouvent alors dans un foyer, puis seront envoyées en France où on leur annonce qu’elles passeront leurs vacances, avec la certitude de retrouver leur famille à leur retour. Une fois en métropole, les deux soeurs sont séparées. Pour faciliter leur nouvelle vie, leur insertion dans cette société qui leur veut soi-disant du bien. Nous suivons alors l’enfance de Pauline, jusqu’à la fin de son adolescence, des plus tumultueuse. Elle s’appelle alors Isabelle, et pense que ses parents sont morts. Elle est pupille de l’Etat et elle ne se souvient pas de sa soeur.

Une enquête

En deuxième partie, nous retrouvons Caroline, une vingtaine d’années, étudiante en journalisme. Alors qu’elle écoute la radio, Caroline comprend que sa mère est une des enfants de la Creuse. Une victime. Meurtrie par son expérience, sa mère refuse d’en parler. Caroline partira alors à la Réunion, pour enquêter et retrouver une partie de sa famille. Elle fera alors la connaissance de Sully, qui deviendra un très bon ami et qui, en tant que journaliste, lui permettra d’avoir accès à des informations que l’on veut garder cachées. Car il ne faudrait pas que ce scandale s’ébruite. Il ne faudrait pas que les réunionnais comprennent qu’ils ont été bernés.

Caroline découvre alors dans les registres les papiers officialisant l’abandon de milliers d’enfants. A l’époque, nombre d’entre eux ne sachant pas lire ignoraient alors ce pour quoi ils signaient réellement. Dans ces registres, les parents acceptaient de confier leur enfant à l’assistance publique et à les faire sortir du territoire. Caroline va évidemment s’intéresser à ceux de sa mère et retrouver les noms de ses grands-parents et partir à leur recherche.

Un récit fort

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas Pauline/Isabelle qui va chercher à comprendre d’où elle vient, mais sa fille. Au travers de cette histoire, nous comprenons que Pauline a trop souffert durant son enfance pour avoir envie de se déconstruire pour se reconstruire. Car connaître ses origines, comprendre que son identité n’est pas celle qu’on a cru, c’est psychologiquement très difficile à vivre. Elle préfère alors tirer un trait sur son passé, en faire un déni de la réalité. Ce que va découvrir Caroline sur le passé de sa mère n’en sera que plus intense car elle ne pourra pas l’éluder.

Malgré la dureté de l’histoire, Ariane Bois ne tombe jamais dans le pathos. On ressent et on comprend ce qu’a pu vivre Pauline. Mais pas au point de nous tirer les larmes. On ne tombe pas non plus dans le voyeurisme. Je verrais plutôt ce roman comme une sorte de documentaire romancé. Un livre qui énonce des faits. Car oui, la France a vraiment eu ce genre de programme soi disant éducatifs. Initié par Michel Debré, alors député de la Réunion.

Ce livre est un bel hommage à ces enfants de la Creuse. Ces enfants qu’on a arrachés à leur famille. Ces familles qui pensaient offrir une vie meilleure à leurs enfants, à qui on a promis qu’ils reviendraient instruits, plus riches. Et à qui on a annoncé que leur enfant était mort en métropole alors qu’ils étaient adoptés ! Un vrai trafic d’êtres humains. Mon seul regret ? Le livre est trop court et j’aurais bien passé quelques heures de plus en compagnie de ces personnages fort attachants.

Note : 4.5 sur 5.

La France n’est pas le seul pays à avoir eu une politique d’émigration forcée de ses enfants. Jusque dans les années 70, des dizaines de milliers d’enfants britanniques isolés ont été envoyés vers l’Australie.

Mes challenges

Cette lecture m’a permis de valider la catégorie 2 du challenge estival. Un soleil sur la couverture.

Elle m’a également permis de valider la catégorie 8 du challenge mensuel. Quatrième qui évoque un voyage.

Enfin, j’ai validé la catégorie 43 du challenge annuel. Un livre dont les chapitres ne commencent pas en haut de page.

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