Un monde plus loin _ Pierre Olivier

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un monde plus loin

Résumé

Un monde plus loin.

À la revue Mots, la journaliste débutante Anne Laure Petrovics se voit confier son premier reportage sur Max Galois, un obscur écrivain ; elle jubile. Elle s’imagine déjà sur les rails de la réussite de sa future carrière.
Curieux type que ce romancier. Dilettante, une vie aisée et baroque, il ne parait guère préoccupé par sa carrière littéraire. Elle se donne beaucoup de mal pour rédiger un article digne de ce nom d’autant que sa directrice de publication est exigeante, très exigeante : elle veut tout savoir sur le plumitif. Contrainte à une stricte obligation de confidentialité, ce n’est plus un article qu’elle rédige mais une véritable enquête. Le romancier finit par s’en étonner. Réticente au début, elle se lance avec lui dans une contre-enquête afin de déterminer le rôle joué par cette trop curieuse directrice de publication.
Souvent les romans sont des histoires inventées; ici, ce qu’ils vont mettre à jour dépasse l’imagination. Le romancier sera rattrapé par sa fiction.

Mon ressenti

Un sujet original

C’est le cinquième livre de Pierre Olivier que je lis. Mon préféré reste à ce jour Exo, roman d’espionnage, disponible chez Bookelis. Pierre Olivier étant mon oncle, j’essaie de rester la plus objective possible, mais ce n’est pas forcément évident. Force est de constater que j’apprécie sa plume, notamment ses descriptions parisiennes. J’avais déjà fait ce constat dans son livre Le grand Voyage co-écrit avec sa compagne Laure-Reine Avenel.

Du haut de la colline, Paris était à portée de main et après la courbe du Palais de Chaillot qu’elle dominait, la Seine miroitait son large ruban gris qu’enjambait le pont d’Iéna aux trottoirs fourmillants.[…] Dans l’éclat blessant du ciel, de rares oiseaux se démenaient, affrontant la chaleur l’instant d’une ronde pour vite regagner l’ombre des ramures du jardin du Trocadero.

Un monde plus loin, Pierre Olivier

L’histoire en elle-même est originale. Max Gallois, écrivain qui ne rencontre pas le succès escompté, semble intéresser la revue littéraire Mots, dirigée par Marie-France Allard. Elle confie cette tâche à Anne-Laure,journaliste dont le contrat se termine quelques mois plus tard. Quelle drôle d’idée que de vouloir interviewer cet écrivain inconnu du grand public et qui ne devrait guère intéresser les lecteurs du magazine. Mais c’est une opportunité pour Anne-Laure, qui ignore tout des cachotteries de sa patronne. Les recherches sur cet écrivain lui ont été commanditées et elle n’a rien trouvé de mieux que d’envoyer au casse-pipe sa jeune stagiaire. Anne-Laure aurait d’ailleurs dû se douter de quelque chose puisque Marie-France lui demande formellement de ne parler à personne de cette « enquête » auprès de l’écrivain.

Anne-Laure va donc faire la connaissance de ce Max Galois qui ne tarde pas à avoir des doutes sur les raisons de cette interview. Pour quelles raisons s’intéresserait-on à lui ? Son éditeur lui-même est surpris. Pourquoi ne pas choisir un écrivain voué à plus de succès ? C’est ce qui lui mettra la puce à l’oreille et il invitera alors Anne-Laure à chercher ce qui pousse sa directrice à enquêter sur lui.

Des personnages intéressants

Au-delà de l’histoire en elle-même, j’ai vraiment apprécié le personnage de Max Galois. Un homme qui a lâché son travail rémunérateur pour devenir écrivain édité, certes, mais si peu vendu. Son personnage a un côté philosophique. Je me suis fait cette remarque notamment lors d’un passage où il avoue à Anne-Laure qu’il n’a pu devenir écrivain qu’après le décès de ses parents, comme si cette disparition avait été, malgré la peine ressentie, libératrice. Abandonner son travail pour devenir écrivain est une sorte de mise en danger. Nos parents espèrent que nous ayons une vie sans embûches, que nous ne soyons jamais dans le besoin. Pour cela, un travail stable les rassure. Alors, en choisissant une voie différente, nous les inquiétons, nous les faisons peut-être même souffrir. Or, c’est bien ce que nous souhaitons éviter. Ainsi, dans la majeure partie des cas, nous nous contentons d’avoir un travail qui nous nourrit, mais qui ne nous épanouit pas forcément.

Vous me faites penser au terrible aveu de Gide après la mort de sa mère… Il s’est senti libéré, allégé; pourtant il aimait sa mère, il la chérissait même et ça peut sembler paradoxal, en réalité, il était libéré du poids de la souffrance qu’elle aurait éprouvée en vivant la vie qu’il se destinait. On aime ses parents, on ne veut pas les blesser, même adulte on essaie d’être l’enfant qu’ils attendent, en ne voulant pas les faire souffrir, on souffre soi-même. […] Après la douleur du deuil, je fus soulagé de découvrir soudain que je n’aurais plus à endosser la culpabilité du fils révoquant les valeurs familiales…

Le personnage de Marie-France, la directrice du magazine, est lui aussi intéressant. Après avoir découvert comment elle a gravi les échelons, sous couvert d’un bon ami qui lui donna l’argent nécessaire à son ascension professionnelle, nous comprenons petit à petit comment elle en est arrivée à devoir faire ces recherches sur cet écrivain. C’est un personnage avec un caractère fort, mais qui a aussi ses faiblesses. Faiblesses d’une mère qui a perdu sa fille et qui se raccroche à une autre. Alors qu’elle avait décidé d’utiliser Anne-Laure en dommage collatéral à son enquête, elle finit par s’y attacher et se retrouve incapable de la licencier sans assurer son avenir. Comme si elle voulait rattraper ce qu’elle avait échoué à faire avec sa propre fille.

Finalement, c’est Anne-Laure qui m’a le moins convaincue. Certes, elle est jeune et donc naïve. Elle évolue et grandit de son expérience grâce à Max Galois, mais j’ai eu du mal à m’attacher à elle. Je lui ai largement préféré l’écrivain, décrit au premier abord comme quelqu’un de difficile et antipathique.

L’histoire se lit facilement, les dialogues sont nombreux et l’intrigue se comprend aisément. Cependant, concernant la fin, je m’attendais à un dénouement différent. Je m’attendais à une grande révélation qui au final n’est pas arrivée. Ca n’enlève rien à la qualité du roman qui se lit tout seul.

Note : 4 sur 5.

Mes challenges

Cette lecture m’a permis de terminer le challenge printanier. Il fallait lire un livre sur lequel il y a un insecte. Contrairement à l’image trouvée sur le site de l’éditeur, ma version a une coccinelle.

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3 commentaires
  1. PHILIPPE D dit

    J’aime la couverture.
    Tu fais bien de faire la promotion des livres de ton oncle. C’est tellement difficile de se faire connaitre !
    Il y a tellement peu d’élus même parmi les édités. J’en sais quelque chose !

    1. SeriaLectrice dit

      Oh, oui, je sais bien. Le souci de l’auto-édition, c’est que ça fait peur aussi. On trouve de tout vu que tout le monde peut désormais s’éditer, que ce soit bon ou mauvais. En l’occurence, j’aime bien les livres de mon oncle et de sa compagne, Laure-Reine Avenel, qui écrit dans un tout autre registre (plutôt le fantastique, qui d’ailleurs n’est pas forcément mon genre de prédilection).

  2. Hélène dit

    Moi aussi, j’aime bien les livres de Pierre et dans un registre différent ceux de Laure-Reine sont agréables à lire aussi. Il est vrai qu’il est quasi impossible de se faire éditer par les grandes maisons d’édition qui préfèrent les mémoires de personnalités (sportifs, acteurs) qui dévoilent leur vie privée (quel intérêt ?) ou bien des écrits sur un sujet brûlant de l’actualité qui feront à coup sûr un gros tirage. Franchement, des quantités de livres sont édités mais beaucoup ne valent pas un clou ! que de papier perdu !

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