Je suis Romane Monnier _ Delphine de Vigan

« Les gens ne comprennent pas. Ils pensent que j’exagère. Mais en fait, je cherche quelque chose qui a disparu. Quelque chose de pur, de limpide… qui n’existe plus. » Qui est Romane Monnier ? D’elle, il ne reste qu’un téléphone portable. Des notes, des messages, des souvenirs, des enregistrements, autant de traces confiées à un inconnu, un samedi soir dans un bar.

Dans un bar parisien, Thomas échange par erreur son téléphone avec celui d’une inconnue. Très vite, il entre en contact avec la propriétaire. Elle lui rend son téléphone mais ne souhaite pas récupérer le sien. Elle lui donne même son code pin afin que Thomas puisse l’utiliser. Puis elle disparaît. Thomas commence alors à explorer le téléphone, d’abord par curiosité, puis cela devient ensuite une vraie nécessité. Messages, photos, notes vocales, applications de santé. Peu à peu, il arrive à reconstituer les derniers mois que Romane a vécu, cherchant à comprendre pourquoi cette femme a disparu en lui laissant à portée de main sa vie intime.

À mesure que Thomas explore le téléphone de Romane, il est confronté à sa propre histoire. Cette approche m’a marquée, car elle sonne juste et terriblement actuelle. J’ai adoré le personnage de Thomas, tellement attachant qui, s’accroche au téléphone de Romane comme à une bouée de sauvetage. Il comprend ainsi mieux ce qu’a pu ressentir Pauline, sa compagne, quand elle même a disparu volontairement. Cette recherche l’amène également à s’interroger sur les erreurs qu’il a pu commettre avec sa fille, qu’il a dû élever seul, ne sachant pas comment lui dire que sa mère était partie sans se retourner.

Romane, elle, reste insaisissable. On croit la connaître mais plus on accumule d’informations, moins elle devient lisible. L’autrice nous rappelle ainsi que les traces numériques ne disent jamais l’essentiel. Mais par dessus tout, le plus marquant selon moi, reste son analyse quasi philosophique sur notre vie numérique et son besoin de s’en détacher totalement.

La plume de Delphine de Vigan est exceptionnelle et d’une grande qualité. L’autrice alterne narration classique et contenus bruts issus du téléphone. Ce rythme m’a tenue en alerte. Je tournais les pages comme on fait défiler un écran. L’écriture reste sobre, mais jamais froide. Et elle nous amène sans cesse à nous questionner sur notre rapport à sur l’hyperconnection.

J’ai refermé Je suis Romane Monnier avec l’envie de me déconnecter (et pourtant, je suis bien là, à écrire cette chronique). C’est une lecture marquante, lucide, et profondément contemporaine.

Pensez-vous qu’on puisse vraiment connaître quelqu’un à travers son téléphone ?

Note : 5 sur 5.

Merci aux Editions Gallimard pour l’envoi de ce Service de Presse.

Pour vous procurer ce roman, ne tardez plus, c’est par ici (lien affilié)

Laisser un commentaire